Après avoir expliqué le fonctionnement et le sens de la soirée, Anthony Auger a présenté son invité, Grégory Derville, enseignant et chercheur en science politique à l’Université de Lille, spécialisé sur les politiques environnementales. Il est impliqué dans plusieurs associations locales notamment à Beauvais où il vit et il est l’auteur de deux ouvrages récents, La permaculture : En route pour la transition écologique et Réussir la transition écologique que l’on peut trouver chez Page 36, rue de Vienne.

La réunion s’est tenue dans la Salle Charpillon de la Mairie, petite mais archi-comble et où nombre des participants sont restés debout pendant près de trois heures, tant l’exposé puis les débats furent riches.

Souvent drôle, parfois terrorisant, l’orateur est à la fois captivant et passionnant. Il a commencé par mettre cartes sur table quant à l’impasse de notre situation. Rien dans notre façon de vivre n’est durable, fondamentalement par notre dépendance à l’énergie et aux ressources naturelles, mais aussi par rapport aux impératifs déments de la « croissance » et du profit. Grégory Derville ne croit ni à la « croissance verte », ni aux gadgets ou aux idées trop simples avec lesquelles on ne change que pour continuer. Et l’on ne changera rien, annonce-t-il, avec des mesures « vertes » comme celles que tant de politiciens brandissent désormais, ni en se fiant aux racontars des lobbys industriels.

Cette partie « apocalyptique fut argumentée et dense. Mais l’orateur devait aussi s’expliquer sur les blocages, les faux raisonnements et les mensonges, qui empêchent de commencer la vraie réflexion, celle qui porte non sur les rustines à poser mais sur la construction d’un modèle nouveau, où il faut accepter de consommer non pas différemment mais moins. Seulement, prévient-il, on n’acceptera pas ces changements indispensables sans une réflexion profonde et collective. Son exposé s’engage alors sur des conseils pour ceux qui ont encore l’espoir de « corriger le tir » et de montrer que des voies restent possibles avant le scenario de la décroissance sinistre ou le scenario ultime, à la « Madmax ».

Les conseils de Grégory Derville pourraient se résumer à : réfléchir. Réfléchir longuement avant d’agir à coups de bons sentiments mal inspirés, c’est dit-il l’essence de la permaculture. Observer la nature avant de vouloir la sauver. Observer aussi les groupes humains. Car rien ne sert ni de prêcher les convaincus, ni de se fâcher entre convaincus. Les deux grands écueils de l’écologie politique, en somme. Il faut à la fois sensibiliser, faire de la politique (en militant et au besoin en s’opposant concrètement) mais aussi construire et proposer des alternatives lucides, concrètes et désirables.

En l’écoutant on prend la mesure de deux choses : d’abord qu’il faut un certain courage politique. On gagnerait certainement plus facilement une élection avec quelques plantes vertes, des slogans et des recettes à base de « petits gestes citoyens ». Ensuite que l’on peut quand même faire le pari que l’intelligence lucide peut animer une délibération courageuse. Et que le niveau municipal est pertinent pour amorcer cela. Grégory Derville se dit d’ailleurs convaincu qu’une ville comme Gisors est à bien des égards un territoire idéal pour la transition, que ce soit par sa taille, ses ressources humaines et naturelles, ses infrastructures, et sa distance par rapport à Paris.

Si l’exposé a été long, on a quand même senti une vraie soif d’enseignement sur cette transition écologique sans illusion ni concession. Les nombreuses demandes de dédicaces en attestèrent clairement.  Tous les livres ont d’ailleurs été vendus ! Anthony Auger a rappelé quelques objectifs concrets à se fixer localement avant d’initier la phase de discussion.

Au sein même de la salle, plusieurs interrogations, parfois des réticences, ont pu s’exprimer. Certains avouent ne guère parvenir à se projeter très au-delà de la survie de leurs petits-enfants. Mais la perspective de l’effondrement commence à peser sur les consciences (« Si vous êtes hérisson ou hirondelle, l’effondrement a déjà commencé » 70% d’insectes en moins, 1/3 des oiseaux ont disparu…). Ainsi entendit-on cette superbe remarque d’un intervenant dans la salle : « Regardez l’église de Gisors. Ce sera l’état de vos poumons si on ne fait rien ».

Les débats se sont poursuivis autour d’un verre de cidre, normand, bien sûr et jusque sur le trottoir malgré le froid. Et rendez-vous fut pris pour le 17 décembre, pour parler de la ville douce et des mobilités. Gisors en commun, c’est réfléchir en commun.

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